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Coexistence religieuse : L’UFC-Dori ravive la flamme de la fraternité dans le Soum

29 June 2018
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Djibo, chef-lieu de la province du Soum, a abrité, le jeudi 28 juin 2018, un atelier régional de mobilisation des leaders religieux et communautaires pour l’amélioration de la sécurité et du vivre-ensemble. Organisé par l’Union fraternelle des croyants (UFC) de Dori, cet atelier a été l’occasion pour l’émir de Djibo, l’évêque et le Grand imam de Dori, d’exhorter les participants à être des ambassadeurs de paix dans leurs communautés en vue de bouter progressivement l’extrémisme violent hors du Burkina. La cérémonie d’ouverture a été présidée par le haut-commissaire, Siaka Barro.

« Si les chrétiens n’étaient pas de personnes dignes de foi, mon père n’allait pas me laisser m’asseoir sur les pieds du catéchiste. (…) Quand j’étais enfant, le premier Père Blanc à Djibo menait des débats avec le Grand imam et les autres grands marabouts dans le vestibule de mon père. Ils s’acceptaient dans leurs différences. Comme vous le savez, le maire de Djibo est mon petit-frère, mais il est allé en classe de 6e avant moi. On m’a gardé à la maison pour que je puisse connaître la région et les coutumes. Mais grâce au Père blanc, je suis allé au lycée… et j’étais un membre actif de la Jeunesse étudiante catholique (JEC) ». Ce sont là quelques bribes de souvenirs de l’émir de Djibo partagés avec les responsables religieux et communautaires participant à l’atelier régional de mobilisation des leaders religieux et communautaires pour l’amélioration de la sécurité et du vivre-ensemble.

Une vue d’ensemble des participants

Cette activité, qui se tient sous le thème « Foi et dialogue », entre dans le cadre du projet « Agir ensemble pour une coexistence pacifique dans un environnement mieux sécurisé au Sahel » mis en œuvre par l’Union fraternelle des croyants de Dori (UFC-Dori)grâce à ses partenaires que sont l’ONG Oxfam et l’ambassade du Royaume du Danemark. Cette rencontre, qui a pris la tournure d’un panel, a permis à l’évêque de Dori, Monseigneur Laurent Dabiré, et au Grand imam de Dori, Mamoudou Cissé, d’échanger avec les participants sur le rôle du croyant dans la construction du vivre-ensemble et dans l’amélioration de la sécurité dans le Sahel. Le panel a été modéré par le directeur régional des droits humains et de la promotion civique, Zakaria Bayoulou.

« Le dialogue demande d’écouter l’autre »

Monseigneur Laurent Dabiré, Evêque de Dori s’est appesanti sur la notion du dialogue

« Le maître-mot qui nous rassemble et qui nous oriente dans la direction du vivre-ensemble pacifique, c’est le dialogue », a indiqué Mgr Laurent Dabiré. Selon lui, le dialogue est quelque chose d’exigeant car il demande de l’humilité, du sacrifice et du courage. « Le dialogue demande de sortir de soi-même, de renoncer à ses propres idées, de vaincre ses propres appréhensions. Il demande de voir plus loin que les intérêts immédiats. Il n’y a pas de dialogue sans peine. Le dialogue demande d’écouter l’autre », a-t-il poursuivi.

« Nous n’avons qu’un seul pays »

Mamoudou Cissé, Grand Imam de Dori est revenu sur l’importance de la fraternité

« Nécessité pour tout homme, le dialogue est une exigence pour les croyants. L’islam prône la fraternité, c’est une religion de paix. Tout croyant est un homme d’humanisme. Il faut s’écouter, se parler et s’aimer pour faire la paix. Nous n’avons qu’un seul pays. Pour le développement du Burkina, nous devons nous unir. Aucun développement ne peut se faire dans la division. L’amour doit guider les pas nos pas en tant que croyants », renchérit le Grand imam de Dori.

« Mener des actions incisives dans le temps »

Comment arriver améliorer la sécurité et le vivre-ensemble ? Pour l’évêque de Dori, il n’y a véritablement pas de recette. « Il ne faut jamais minimiser la prière et la piété », conseille-t-il cependant. Piété et pitié ayant la même étymologie, les panélistes estiment que la piété doit conduire les croyants à poser des actes de miséricorde, de charité. Outre cela, ils conseilleront aux différentes communautés religieuses d’organiser des activités fédératrices et de mener des actions incisives dans le temps comme des prières communes, des journées de salubrité, des matchs de football, etc. L’éducation à la base des jeunes étant primordiale, les leaders religieux n’ont pas manqué d’interpeller les parents car « le respect de l’autre est une bénédiction ».

« Tendre la main »

Il a été demandé aux participants d’être des ambassadeurs de paix dans leurs localités

Comme contribution, des participants ont avancé que le vivre-ensemble dans un environnement pacifique ne peut se faire sans l’implication de l’autre moitié du ciel dont le rôle au sein de la famille et de la société reste prépondérant. Pour certains, il faudrait, avant de parler de dialogue interreligieux, travailler à promouvoir le dialogue intra-religieux ;et pour d’autres, l’Etat doit tendre la main aux jeunes qui ont été enrôlés dans les groupes terroristes et qui aimeraient rentrer car désenchantés. « J’ai la conviction que certains d’entre eux ont regretté leurs gestes qu’ils ont posés. Certains ont peur de revenir et l’Etat doit essayer de tendre la main à ces jeunes », a déclaré El Hadj Ousmane Boureim, président du Comité d’action communautaire d’Arbinda.

Pour un engagement sans faille

François Ramdé, Coordonnateur de l’UFC-Dori.

Pour Siaka Barro, haut-commissaire de la province du Soum, cet atelier vient à point nommé au regard de la situation dans le Soum, zone ayant subi le plus grand nombre d’attaques depuis l’enlèvement d’un citoyen de nationalité roumaine, le 4 avril 2015. Il a joint sa voix à celle du coordonnateur de l’UFC-Dori, François Ramdé, pour plaider pour un engagement à 360° des croyants dans la résolution des conflits mais aussi dans la promotion continue du vivre-ensemble. « L’administration fait de son mieux pour la sécurité de tous. Et j’ai fort espoir que la paix reviendra au Burkina Faso », a conclu le haut-commissaire, convaincu que la lutte contre l’extrémisme n’est pas que militaire.

Herman Frédéric Bassolé
Lefaso.net

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